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Cosmétique : les bases
Demain, la beauté sourcée dans nos déchets !

Demain, la beauté sourcée dans nos déchets !

Les déchets alimentaires sont devenus une véritable mine d’inspiration pour les formulateurs cosmétiques (Image Freepik)

 

Comme pour l’alimentaire, plus personne ne s’étonne aujourd’hui de voir des emballages de produits cosmétiques issus de plastiques recyclés, en plus d’être évidemment recyclables. C’est une façon de lutter efficacement à la fois contre le gaspillage des ressources non renouvelables et contre la pollution de notre planète. Plus surprenant par contre, pour la plupart des non-spécialistes, est l’arrivée progressive mais inexorable d’actifs provenant eux aussi de déchets. La beauté de demain naît dans nos poubelles !

 

Des emballages qui valorisent les déchets et des matières inutilisées

 

Bouteilles d’eau, bouteilles de lait, bouchons de bouteilles, pots de yaourt, barquettes de beurre et fromage frais, déchets plastiques récupérés sur les plages ou en mer, etc. sont de plus en plus utilisés par les fabricants de contenants cosmétiques pour élaborer les tubes, pots et autres flacons nécessaires à conditionner les produits de beauté. Sans oublier la possibilité, bien sûr, de recycler aussi directement les contenants vides pour en refaire de nouveaux. Une approche qui concernait depuis longtemps le verre (matériau aujourd’hui assez peu employé en cosmétique il est vrai, à part pour les flacons de parfum) ainsi que les cartons, et s’applique donc aujourd’hui aussi aux plastiques.

 

Ce sourcing de matières premières recyclées est en fait encore limité par le peu d’efficacité – on doit le dire, car c’est assez ignoré du grand public – des filières permettant de trier et de réutiliser les emballages plastiques vides pour en faire de nouveaux à grande échelle. L’enjeu étant d’importance, on peut supposer cependant que la construction de telles filières va s’accélérer dans les années à venir.

 

À côté de cela, certains ingrédients renouvelables d’origine agricole sont utilisés pour élaborer des « bioplastiques » (également appelés « plastiques biosourcés »), comme l’amidon permettant de fabriquer de l’acide polylactique (PLA), brique de base de certains de ces bioplastiques, ou encore l’acide lactique issu de fermentation pour fabriquer certains polyamides (nylons). Mais parfois, ce sont des co-produits (que l’on ne peut plus qualifier de sous-produits ou de déchets, vu qu’ils sont réutilisés) de certains process qui sont employés : c’est ainsi le cas de l’éthanol obtenu en parallèle de la fabrication du sucre de canne, qui peut lui aussi servir à la synthèse de certains bioplastiques. Idem pour des résidus de bois d’ailleurs. Et des pistes commencent à se dessiner pour fabriquer également du bioplastique à partir de caséine, c’est-à-dire de protéines tirées du lait. Facilement dégradable dans l’eau, il a été pensé pour l’alimentaire mais pourrait être applicable à certains cosmétiques.

 

On voit par ailleurs de plus en plus de plastiques qui contiennent une certaine proportion de calcaire qui peut être d’origine minérale mais aussi obtenu à partir de coquilles de fruits de mer, soit ramassées sur les plages, soit récupérées grâce à un accord avec de « gros consommateurs » (restaurants, usines alimentaires). Un procédé qui permet de réduite la quantité de plastique utilisé.

 

Certains fabricants d’emballages cosmétiques fabriquent aussi déjà, de leur côté, des tubes dont la jupe (la partie qui contient le produit) est en carton, enduit à l’intérieur d’une barrière (un polymère d’origine végétale) pour lui permettre d’être à la fois résistante à l’eau et aux lipides et imperméable à l’air. Une technologie qui permet aussi de réduire l’utilisation de plastique dans les tubes, de l’ordre de 70 %.

 

En matière de contenants en carton, plus récent et tout aussi innovant est le « carton d’herbe » proposé par plusieurs papetiers. Recyclable, compostable, parfois certifié FSC, il est composé en partie de fibres d’herbes séchées et de fibres de cellulose, dans certains cas issues de papier recyclé. Ces herbes proviennent de prairies naturelles qui étaient jusque là inutilisées.

 

Le principe consistant à réutiliser des déchets a été baptisé « upcycling ». Une marque brésilienne de soins pour cheveux l’a même poussé jusqu’à sa forme la plus simple, à savoir réutiliser directement pour ses produits des bouteilles d’eau minérale en plastique, nettoyées et désinfectées, qui peuvent même resservir plusieurs fois pour ces soins capillaires, grâce à un système de collecte.

 

Les coquilles d’huitres peuvent servir aujourd’hui d’ingrédients pour fabriquer des contenants cosmétiques, mais aussi comme actifs dans certaines formulations (image jenniecoyote via Pixabay).

 

Les déchets alimentaires, source d’actifs cosmétiques

 

Mais l’upcycling ne concerne pas que les contenants. De nombreux développements récents montrent en effet qu’il peut s’appliquer aussi à la production d’actifs cosmétiques entrant dans la composition des formules elles-mêmes, en réutilisant des déchets auparavant perdus.

 

Ainsi, une marque de cosmétique bio italienne a conçu en 2018 une gamme dont les ingrédients principaux sont tous des sous-produits de la transformation des fruits et légumes, riches en nutriments : épluchures de pommes, farine de carottes, feuilles d’artichauts, etc. Depuis quelques temps également, une marque française utilise de son côté des sarments de vigne pour en faire des actifs anti-âge, car riches en polyphénols, au moins autant que les grains de raisins eux-mêmes.

 

Concernant les déchets de coquilles de fruits de mer évoqués plus haut, nous connaissons au moins deux marques françaises qui les récupèrent pour les utiliser comme ingrédient dans leurs formulations. L’une d’entre elles utilise de la poudre de coquille d’huitre réduite en poudre ultrafine pour ses propriétés exfoliantes dans des gommages visage et corps, abrasives dans du dentifrice, absorbantes dans un masque pour peaux grasses et lissantes dans un shampooing. L’autre marque utilise de même de la poudre de coquille d’huitres dans des savons exfoliants.

 

De son côté, une société danoise s’est lancée dans la récupération de marc de café auprès de bars, restaurants, hôtels et cafés partenaires, pour en tirer d’une part une « huile de café » (aux propriétés anti-âge, cicatrisantes, réparatrices et protectrices contre le soleil) et d’autre part des fibres (aux propriétés exfoliantes, utilisées dans des gommages et des savons).

 

L’avenir du marc de café n’est plus seulement de devenir du compost ou de l’engrais : il peut lui aussi être transformé en actifs cosmétiques (image Freepik).

 

Ces initiatives ne sont pas qu’anecdotiques : un important producteur d’actifs cosmétiques français souligne ainsi que les deux tiers de son catalogue sont aujourd’hui « issus de co-produits, essentiellement issus de filières agro-alimentaires ». On y trouve entre autres des avocats déclassés, mais aussi les tourteaux provenant de la fabrication de l’huile d’avocat, ce qui permet de valoriser l’intégralité du fruit, sans aucun déchet. L’entreprise utilise également les graines de fruits de la passion ou encore les coques de graines de lupin, qui seraient sinon jetées. D’autres sociétés utilisent les écorces de citron, des déchets de tomate, etc.

 

L’upcycling de déchets alimentaires s’invite même dans les cosmétiques les plus nobles, si on peut dire, à savoir les parfums. Ainsi, une entreprise allemande s’est lancée dans l’extraction d’ingrédients de parfumerie, avec souvent des fragrances inédites, permettant parfois d’en produire certaines qu’on ne pouvait obtenir jusque là que par synthèse chimique. Ses matières premières sont des eaux de rinçage ou des jus résiduels provenant de l’utilisation de fruits et autres plantes, après extraction, distillation ou lyophilisation de ce s végétaux pour d’autres usages. Son premier actif parfumant a été obtenu à partir de résidus de production de jus de maracuja. Sa gamme s’est étendue ensuite au clou de girofle, au cacao et même à l’oignon, à l’artichaut, à l’asperge, à l’ail ou au chou-fleur, pour en tirer des extraits qui, associés à d’autres essences, permettent de produire des parfums tout à fait originaux.

 

Comme on le voit avec ces quelques exemples parmi beaucoup d’autres, bien que cela soit encore méconnu de la plupart des consommateurs, la réutilisation de sous-produits auparavant destinés au mieux à la fermentation (pour obtenir par exemple du méthane et donc de l’énergie), ou encore à l’alimentation animale, a ouvert de nouvelles pistes tout à fait respectueuses de la préservation des ressources et de l’environnement.

 

Pour terminer la présentation de cette approche enthousiasmante, soulignons que la cosmétique n’est pas la seule bénéficiaire de l’upcycling : lors du salon Natexpo 2019 à Paris, nous avons par exemple pu voir une marque de détergence qui récupère des résidus de brasserie riches en alcool pour faire une gamme de nettoyage.

 

Décidément, il faut regarder aujourd’hui nos poubelles alimentaires d’une autre œil, car elles contiennent bien des trésors !

 

À l’instar des emballages usagés, « déchet alimentaire » signifie de moins en moins produit inutile et perdu ! (image Gaertringen via Pixabay).