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Ecolabel et produits d’entretien : « Peut mieux faire »

Ecolabel et produits d’entretien : « Peut mieux faire »

À l’heure où un nombre croissant de consommateurs se préoccupe des questions d’environnement et de développement durable, les logos affichés sur les produits sont souvent le premier signe auquel on se fie pour s’informer. Malheureusement, face au foisonnement des labels, les garanties réellement apportées par certains de ces logos ne sont pas vraiment celles auxquelles pense la majorité des utilisateurs. L’Ecolabel européen en fait indubitablement partie.

Un logo mal identifié par les consommateurs

Comme l’a montré une étude réalisée en 2015 par l’UFC-Que choisir, 60 % des Français pensent que le logo « point vert » signifie que le produit sur lequel il est apposé est recyclable. Ce qui est totalement inexact, ce logo signifiant en effet que le fabricant a juste payé une redevance à la société Eco Emballage, redevance de toute façon obligatoire pour toutes les entreprises « qui mettent sur le marché des produits emballés, consommés ou utilisés par des ménages ». Le montant de cette redevance est destiné à contribuer, de façon générale, à la gestion des déchets générés par ces emballages.

Le logo « Ecolabel » européen est sans doute l’autre logo faussement interprété par les consommateurs, même par beaucoup de personnes pourtant habituées à consommer bio. La plupart pensent probablement en effet qu’il est la preuve que le produit ainsi labellisé est un produit vraiment écologique, voire bio. Ainsi, comme un produit alimentaire bio arbore le logo AB et la « feuille verte » européenne, ou comme un cosmétique bio affiche le logo Cosmébio, NaTrue ou Ecocert, tout produit ménager (lessive, nettoyant pour la maison, produit lave-vaisselle, etc.) avec l’Ecolabel serait un produit ménager bio. Mais cela n’est pas du tout le cas !

Le premier point est que cet Ecolabel européen, institué par le Règlement (CEE) no 880/92 du 23 mars 1992 du Conseil de l’Europe ne s’applique pas qu’aux produits ménagers. Il existe en effet au total 52 catégories de produits et services qui peuvent être écolabellisés, dans plus d’une dizaine de familles : ameublement, bricolage, bureautique, habillement, jardinage, papeterie, entretien et nettoyage, hygiène et beauté, produits à usage professionnel, services de tourisme et d’hébergement, vie domestique, etc.

L’AFNOR - l’Association française de normalisation qui est l’organisation nationale qui représente la France auprès de l'Organisation internationale de normalisation (ISO) – présente ces écolabels (puisqu’il faut bien en parler au pluriel), comme des « signes d’excellence », car ils « garantissent un niveau d’exigence élevé en termes de limitation des impacts des produits et services sur l’environnement et la santé, tout en maintenant leur niveau de performance ».

« En fonction des produits, les critères varient, mais l’exigence de fond demeure la même : des produits de qualité dont l’impact sur l’environnement est réduit. Gage de sérieux pour les consommateurs, les écolabels répondent aux principes suivants :

  • des critères et seuils précis, pour la limitation des impacts environnementaux et la performance des produits,
  • des critères élaborés en concertation avec les fabricants, distributeurs, associations de protection de l’environnement et de consommateurs,
  • des cahiers des charges librement consultables,
  • une révision régulière des critères,
  • une certification par un organisme indépendant. »

Pour obtenir un écolabel dans sa catégorie, « le produit ou service doit être conforme à des critères écologiques et de performance à l’usage. Résultats de négociations entre industriels, associations de consommateurs ou environnementales, distributeurs et pouvoirs publics, ces critères sont contrôlés régulièrement par un organisme indépendant pour s’assurer que le produit les respecte en continu ».

Dans la famille des produits de nettoyage, il existe sept écolabels pour autant de catégories différentes : détergents pour lave vaisselle, détergents pour lave-vaisselle automatiques industriels ou destinés aux collectivités, détergents pour vaisselle à la main, détergents textiles, détergents textiles à usage industriel ou destinés aux collectivités, produits de nettoyage pour surfaces dures et services de nettoyage intérieur.

 

(image Freepik)

 

Un signe d’excellence, vraiment ?

Les deux critères principaux sont donc d’une part l’impact environnemental réduit (tout au long de la vie du produit ou du service, y compris l’emballage quand il s’agit d’un produit, ou encore les méthodes de fabrication) et d’autre part la performance (nettoyante)

Mais s’agit-il vraiment d’un label d’excellence ? Comme dit plus haut, parmi les familles de produits « écolabellisables » figurent les produits d’hygiène et beauté, avec plusieurs catégories : gel douche et savon, shampoing et après-shampoing, mousse à raser, dentifrice mouchoirs en papier, papier toilette, couches pour bébés, serviettes hygiéniques et tampons. La moitié de ces produits sont des cosmétiques et sont ainsi éventuellement certifiables bio (Cosmébio, Nature & Progrès, NaTrue, Demeter…).

Sur son site Internet, l’Ademe (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie, organisme officiel), propose une liste de labels environnementaux de qualité qui doivent permettre de « consommer responsable ». On y retrouve ainsi, pour les cosmétiques, à la fois les principaux labels bio mais aussi l’Ecolabel. Mais les consommateurs habitués aux cosmétiques bio certifiés seront très surpris d’apprendre que pour cette catégorie de produits, l’Ademe classe l’Ecolabel comme « excellent (choix) », la certification Ecocert « Cosmétique écologique » (et non la « Cosmétique biologique » !) comme « excellent », également, mais le label Cosmébio « Bio » seulement comme « très bon » ! Même la certification Demeter et la mention Nature & Progrès n’ont droit qu’à un jugement « très bon », alors qu’on sait bien que les cahiers des charges Demeter et Nature & Progrès sont les plus exigeants !

Même chose pour la famille des produits d’entretien et de nettoyage, l’Ademe attribue un « excellent » ou un « très bon » à l’Ecolabel (en fonction des catégories), mais seulement un « très bon » à la certification « Ecocert Ecodétergent » et au cahier des charges « Produits d’entretien » de Nature & Progrès. Alors que le cahier des charges « Sustainable Cleaning », moins connu, hérite aussi, selon les catégories de produits d’un « excellent » ou d’un « très bon ».

Ce cahier des charges « Sustainable Cleaning » a été mis en place par l’AISE (Association Internationale de la Savonnerie, de la Détergence et des Produits d’Entretien), représentée en France par l’AFISE (association française des industries de la détergence, de l’entretien et des produits d’hygiène industrielle) et en Belgique par DETIC (association belgo-luxembourgeoise des producteurs et des distributeurs de savons, cosmétiques, détergents, produits d'entretien, d'hygiène et de toilette, colles, produits et matériel connexes). Chacun pourra apprécier l’engagement écologique, durable et naturel du label « Sustainable Cleaning » en apprenant que les principaux membres de l’AISE sont les groupes internationaux Colgate Palmolive, Henkel, Procter and Gamble, Reckitt Benckiser, SC Johson, Unilever, etc. C’est-à-dire les plus grandes entreprises mondiales de la détergence et de la cosmétique conventionnelles, spécialistes de la chimie du pétrole et des produits de synthèse.

De nombreuses critiques sur l’Ecolabel

Nous ne nous étendrons pas ici sur les critères du label « Sustainable Cleaning », qui offre certes des améliorations par rapport à ce qui s’est fait durant de longues années, souvent sans discernement, dans le domaine de la détergence. A l’instar de l’Ecolabel, il promet un impact « limité » sur l’environnement (y compris via les cartons d’emballages, qui doivent majoritairement être issus de forêts gérées durablement, avec par exemple les labels FSC ou PEFC) et une efficacité optimale.

Pour revenir plutôt à l’Ecolabel, les critiques à son égard sont nombreuses, et d’ailleurs applicables également au « Sustainable Cleaning ». Comme ce dernier, l’Ecolabel européen a largement été conçu en collaboration avec les multinationales de la détergence, ceci expliquant cela. En particulier, les produits peuvent tout à fait contenir des ingrédients nocifs pour l'environnement, d’origine synthétique (pétrochimie, ressources non renouvelables). On y retrouve ainsi des enzymes, des agents oxydants, des tensioactifs, des parfums, des colorants azoïques et autres actifs ou additifs connus pour être irritants, allergisants, nocifs pour l’environnement (faune aquatique notamment), etc.

Le chlore, la soude ou l'ammoniaque et nombre de composés de synthèse ne sont donc pas du tout interdits avec l’Ecolabel européen, ni même les fameux phosphates. Par contre, il garantit certes un minimum de biodégradabilité (mais pas une biodégradabilité totale !), ce qui est son principal engagement, et un impact réduit (mais pas totalement non plus) sur l’environnement.

L’Ecolabel européen est tout sauf un label « bio » pour les produits nettoyants.

 

L’Ecolabel européen garantit que les produits font « mieux » que les produits non labellisés, mais ne certifie ni une biodégradabilité totale ni un impact inexistant sur l’environnement (image Aviavlad via Pixabay).

Ecocert et Nature & Progrès, références « historiques » pour le nettoyage

En fait, les labels qui offrent le plus de garanties sont Ecocert, le plus répandu, et Nature & Progrès, tous deux surtout appliqués sur des produits vendus dans le circuit bio.

Né en 2006, le référentiel Ecocert propose deux niveaux de certification depuis 2012 : « Ecodétergent » et « Ecodétergent à base d’ingrédients biologiques ». Leur objectif est de « définir un niveau d’exigence supérieur aux règlementations en vigueur concernant la valorisation des substances naturelles et le respect de l’environnement tout au long de la chaîne de production ». Pour la version « Ecodétergent », qui n’impose aucun minimum d’ingrédients bio, seuls des ingrédients d'origine naturelle peuvent être utilisés, à l’exception d’un maximum de 5 % d’ingrédients de synthèse figurant sur une liste positive restrictive. Pour la version « Ecodétergent à base d’ingrédients biologiques », un minimum de 10 % d’ingrédients doit être d’origine biologique.

L’entreprise dont les produits sont certifiés par Ecocert doit avoir mis en place un système de management environnemental permettant de diminuer les consommations d’eau et d’énergie et d’améliorer la gestion des rejets et des déchets.

Contrairement à l’Ecolabel, qui fonctionne beaucoup sur la base de déclarations des entreprises, avec la certification Ecocert, des audits annuels ou semestriels ont lieu sur les sites de fabrication et de conditionnement des produits.

Concernant le référentiel Nature & Progrès, il impose également des exigences très élevées sur les ingrédients, qui doivent être issues de l'agriculture biologique ou de matières minérales non pétrochimiques. De plus, l’entreprise certifiée doit répondre à des critères portant sur son engagement non seulement environnemental mais aussi social. Là aussi des audits ont lieu. Même si elle est bien moins répandue que le label Ecocert, la mention Nature & Progrès (terme précis à employer) est elle aussi un gage réel d’engagement fort pour la santé, l’environnement et le développement durable.

Dans les deux cas, Ecocert et Nature & Progrès, les matières premières utilisées étant d’origine minérale et surtout végétale, l’impact sur la nature et la biodégradabilité des produits sont par définition meilleurs qu’avec un produit simplement porteur de l’Ecolabel européen.

Ecocert Ecodétergent et Nature & Progrès : les deux logos à rechercher en priorité pour les produits de nettoyage (montage sur base image Freepik).