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Alimentation : les bases
Equitable, solidaire, local : Petit décodage

Equitable, solidaire, local : Petit décodage

Si une « marque » bien connue de café (en fait le nom d’une association de commerce équitable) a principalement diffusé la notion de « produit équitable » et de « commerce équitable » à la fin des années 1980, celle-ci est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Depuis, d’autres tendances sont apparues, comme celles du solidaire ou du local, qui ne recouvrent pas toujours les mêmes principes.

« Equitable », une approche qui date du 19e siècle

 La notion de commerce équitable (fair trade en anglais) apparaît dès le 19e siècle, dans la mouvance du « socialisme utopique », basé sur des « communautés idéales » et expérimenté entre autres au Royaume-Uni par l’industriel philanthrope Robert Owen (1771-1858), considéré comme le « père fondateur » du mouvement coopératif, qui fonda aux USA la communauté de New Harmony (nouvelle harmonie). Pour la France, on citera un autre industriel, Jean-Baptiste Godin (1817-1888), qui fonda en 1858 à Guise, dans l’Aisne, le Familistère, une cité-usine « idéale » (dont la visite mérite le détour). 

A l’instar des autres avocats de ce « socialisme utopique », Owen et Godin étaient tous deux sensibles à l'idée de redistribuer aux ouvriers les richesses produites par l’industrie alors naissante, souhaitant créer une alternative à la société industrielle capitaliste.

 La proximité entre l’équitable et le coopératif apparaît nettement dans la naissance, en 1844 en Angleterre, de The Rochdale Society of Equitable Pioneers (« La société des pionniers équitable de Rochdale »), fondée par 28 tisserands, qui ouvrit un magasin coopératif permettant de garantir d’une part à la clientèle des prix raisonnables et d’autre part un partage équitable des bénéfices aux ouvriers, avec des revenus honnêtes proportionnels au travail de chacun.

 

Photo prise vers 1870 avec 13 des fondateurs originaux de la « Société des pionniers équitables de Rochdale » (photo Wikimedia Commons).

Innombrables furent, des décennies durant, les projets s’inscrivant dans cette tendance. Les choses prirent néanmoins une envergure plus grande à partir des années 1960, avec comme slogan « Trade not Aid » (« Du commerce pas des aides » ou, plus crûment, « Du commerce, pas la charité »). Ainsi en Grande-Bretagne par exemple, le « Oxford Committee for Famine Relief » (soit « Comité d'Oxford pour la lutte contre la famine »), plus connu aujourd’hui sous l’acronyme OXFAM, commença à vendre en 1965 dans ses boutiques des produits artisanaux issus de régions pauvres, créant alors la première organisation de « commerce alternatif ».

En France se créa en 1974, l’association Artisans du Monde, qui vend également dans ses boutiques (la première étant ouverte cette année-là), des produits artisanaux ou alimentaires en provenance des pays moins développés dits « du Sud » (en Afrique, Asie et Amérique Latine), afin d’aider les populations locales, en permettant aux producteurs de vivre décemment de leur travail et d’être eux-mêmes les acteurs de leur développement, sans dépendre des structures commerciales habituelles (capitalistes). Par rapport à d’autres circuits du commerce équitable, la spécificité d’Artisans du Monde est d’avoir développé un réseau commercial intégré, indépendant des grandes chaînes de distribution habituelles.

Depuis, de nombreux projets et labels sont nés autour d’idées approchantes. 

Le commerce équitable c’est quoi ?

Quels sont les engagements du commerce équitable ? Du côté des acheteurs (acteurs professionnels), ceux-ci s’engagent à payer un prix juste aux producteurs, couvrant tous les coûts de production et d’exploitation, pour assurer à ces producteurs un niveau de vie décent. Ils s’engagent aussi à garantir une relation commerciale s’inscrivant dans la durée, des conditions et des délais de paiement favorables (préfinancement), à financer des projets de développement liés à la production mais aussi au social, etc. De leur côté, les producteurs s’engagent à se structurer en organisations collectives transparentes et démocratiques (souvent des coopératives), à assurer des conditions de travail décentes au sein de l’organisation (droits syndicaux et sociaux, sécurité…), à veiller à l’égalité entre hommes et femmes, à lutter contre les discriminations raciales ou religieuses, à proscrire le travail des enfants, à protéger l’environnement (interdiction des OGM, promotion de l’agriculture biologique), à mettre en place des projets collectifs au bénéfice de la communauté grâce à un fond de développement, à protéger les droits traditionnels des communautés locales, etc. (source commercequitable.org).

 

Le commerce équitable permet de financer de nombreux projets sociaux dans les pays producteurs (image ludi via Pixabay).

 De façon plus concise, en 2001 le groupe de travail international FINE (acronyme de plusieurs organisations internationales du commerce équitable : FLO, IFAT, NEWS et EFTA) a défini le commerce équitable comme suit : « Le commerce équitable est un partenariat commercial qui se veut une alternative au commerce international traditionnel et dont l'objectif est de parvenir à un développement harmonieux et durable des producteurs défavorisés et marginalisés. Pour cela, il offre de meilleures conditions commerciales, en attirant l'attention du public et en menant des campagnes ».

Outre Artisans du Monde évoqué plus haut, on trouve aujourd’hui plus d’une dizaine de labels de commerce équitable de référence, les principaux étant : Biopartenaire (anciennement Bio Equitable et Bio Solidaire), Ecocert Equitable, Fair for Life, Fair Trade USA, Fairtrade Max Havelaar, Forest Garden Products, Naturland Fair, Producteurs Paysans, WTFO. Plutôt que de détailler ici leurs spécificités, nous préférons renvoyer au « Guide international du commerce équitable », les explique, disponible en ligne (en cliquant sur l'image ou ici).

Bien entendu, le commerce équitable est idéal lorsqu’il est associé à une certification bio, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

 Et le solidaire dans tout ça ? 

Même si, dans la définition rédigée par le groupe de travail FINE cité plus haut la notion de commerce « Nord – Sud » n’est pas évoquée (en fait des produits des pays du Sud vendus à ceux du Nord dans les conditions équitables expliquées ci-dessus), c’est bien dans cette acceptation-là que beaucoup d’acteurs et de médias parlent du commerce équitable. 

Mais en plus, la notion de « commerce solidaire » ou « d’économie solidaire » est également régulièrement citée, avec malheureusement un sens qui varie visiblement selon les sources et les organisations. 

Ainsi, on peut lire par exemple que « on parle de "commerce solidaire" quand les entreprises du Sud reversent une partie de leurs ventes dans le Nord à des projets de développement local », c’est-à-dire que dans les pays des producteurs une partie des bénéfices sert à soutenir ou financer des projets sur place chez eux. Alors que, comme on l’a vu, ce type de soutien serait pourtant intrinsèque à la notion même de commerce équitable. Pour l’économie solidaire, la même source explique qu’il s’agit plutôt « d’un concept des pays du Nord. Il s’agit de travailler avec des gens défavorisés (des personnes handicapées, des populations fragilisées, etc.), pour répondre aux besoins qui existent dans les pays riches ». C’est-à-dire que dans ce cas le « solidaire » ne concerne pas du « Nord – Sud » mais du « Nord – Nord ». 

Ceci semble confirmé par une définition du commerce solidaire donnée par l'association bien connue Handicap international : « Échanges établis pour favoriser un groupe particulier de population défavorisée ou en difficulté. Il signifie aussi une pratique qui vise à réduire les iniquités au sein même des pays du Nord. On parle aussi de commerce de soutien aux organismes de solidarité ».

 Autre version, mais allant dans le même sens : « Le commerce solidaire [est un] commerce spécifique dans lequel le consommateur soutient par son achat une organisation de solidarité (productrice ou bénéficiaire des revenus de la vente). Ses critères de définition sont moins globaux que ceux du commerce équitable car il n’y a pas de contrôle de l’ensemble des modalités de production et de transformation. C’est avant tout une initiative de solidarité dans le processus. D’autre part, il ne s’agit plus ici de commerce international et de solidarité Nord-Sud, mais plus souvent de solidarité dans un cadre national. Pour exemple, on peut citer les entreprises d’insertion qui embauchent un personnel ciblé et habituellement marginalisé du marché de l’emploi ».

Une boutique de vente en ligne de produits équitables écrit de même : « Il est important de savoir que beaucoup d’acteurs regroupent ces concepts, en achetant selon des critères de commerce équitable ou éthique selon le produit, et en travaillant dans les pays du Nord avec des ateliers protégés ou des personnes fragilisées ».

 Mais pour une autre source (en l’occurrence une entreprise active dans ce secteur), « Le commerce solidaire est l'initiative d'entreprises qui décident de mettre leurs valeurs au cœur de leur activité, avec un maximum de transparence. Il peut s'agir, par exemple, de reverser directement un pourcentage de sa marge à une association humanitaire ». Nous ne sommes plus là exclusivement dans le « Nord – Nord » et ce n’est pas de « l’économie » mais donc du « commerce ». 

Une autre source encore (une association œuvrant notamment dans les domaines du développement humain durable et de la solidarité internationale) confirme cette dualité (Nord – Sud ou Nord – Nord) de la définition : « Le terme "commerce solidaire" est souvent utilisé pour des démarches à l'intérieur d'un même pays (par exemple les AMAP). Certains acteurs considèrent [par contre] que l'expression "commerce équitable" doit concerner toute démarche de commerce visant plus de justice dans les modes de commercialisation, que ce soit un commerce Sud-Nord ou local ».

Pour beaucoup, mais ce n’est pas unanime, le commerce solidaire a pour but de développer la production et l’économie locale (Image hfossmark via Pixabay) 

Bref, la définition du commerce (voire de l’économie) solidaire ne fait pas vraiment consensus. D’ailleurs, l’association Biopartenaire, qui avait initialement deux certifications, d’une part Bio Solidaire (portant sur des partenariats de proximité entre transformateurs et producteurs français) et d’autre part Bio Equitable (produits issus du commerce équitable et certifiés bio), qui ont coexisté jusqu’en 2015. Mais elle a eu la volonté de « simplifier ce monde des labels en rassemblant ces labels sous un label unique », à savoir Biopartenaire, le nom de l’association. Pour Biopartenaire cependant, malgré le logo maintenant unique, la notion de commerce solidaire concerne bien des activités en France.

De son côté, Ecocert propose une certification « Ecocert Solidaire » qui « s'adresse aux marques et distributeurs engagés dans une démarche de valorisation des producteurs de leur région » (donc du Nord – Nord local).

D’autres « labels » portent également sur du solidaire au sens du Nord – Nord voire local, comme la marque « Ensemble – Solidaires du producteur au consommateur » de l’enseigne Biocoop, portée par plus de 700 références fabriquées et produites en France et disponibles au sein du réseau de magasins Biocoop. A l’instar d’Ecocert, il ne s’agit cependant pas ici en fait de solidaire au sens du soutien à des organisations de personnes en difficulté, mais de la promotion d’une « agriculture bio, locale et paysanne ». 

Et le terme équitable ne s’interdit pas de s’appliquer à du local (échanges Nord – Nord, encore une fois), comme c’est le cas de l’association Agri-Éthique qui, avec son logo « Agri-Éthique France » garantit un « Commerce équitable 100 % origine France ». Sa finalité est de « construire des filières agricoles équitables sur l’ensemble du territoire français », garantissant « un revenu juste et rémunérateur aux agriculteurs leur assurant visibilité et sécurité », préservant « la sécurité de l’emploi sur le territoire en développant des partenariats entres les acteurs locaux d’une même filière par des contrats basés sur la transparence et le dialogue, avec des engagements sur les volumes et sur les prix » et en agissant « pour l’environnement et le bien-être animal en accompagnant les acteurs labellisés dans la mise en place d’actions environnementales et sociales responsables et durables ».

Du local au locavorisme… et à ses limites

Favoriser le commerce local pour encourager l’économie régionale, aider les producteurs et transformateurs, et privilégier les circuits courts est une préoccupation croissante chez les consommateurs. Nous sommes tout à fait dans le cadre de la définition de l’économie solidaire (mais sans la partie insertion et personnes fragilisées). C’est bon pour l’emploi local et aussi pour la planète, en diminuant l’impact carbone. S’il va de soi que le cacao, le café, le chocolat, le thé, les bananes, les avocats ou même souvent les agrumes ne peuvent pas être produits près de chez soi, par contre, acheter des pommes, des pommes de terre ou des haricots venant de l’autre bout du monde n’a pas de sens. En plus, les petits producteurs locaux travaillent souvent à maintenir ou même à « ressusciter » des variétés anciennes qui ont tout à fait leur place dans notre assiette. Cela participe à maintenir la biodiversité, les paysages et les savoir-faire traditionnels.

Aujourd’hui, on emploie beaucoup le terme de « circuits courts » pour désigner ce mode de consommation. Mais celui de « locavorisme », encore parfois employé, est apparu au milieu des années 2000, étant même désigné « mot de l’année » aux USA par le Oxford American Dictionary en 2007. Cette notion est en effet apparue Outre-Atlantique, ce qui – comme souvent avec des tendances nées chez nos amis américains – a conduit certains à des attitudes radicales, c’est-à-dire le refus de tout produit alimentaire ne venant pas d’un rayon proche, de l’ordre de 200 à 300 km autour de son domicile, voire moins.

 

Dans ce cas en effet, adhérer au locavorisme strict signifie aussi refuser les produits provenant des pays qui sont justement les premiers concernés par le commerce équitable. Comment aider les agriculteurs et parfois les petits transformateurs installés dans certaines communautés villageoises, si on n’achète pas ce qui est issu de leur travail ? Réfléchissons-y…

La solidarité – nous sommes toujours bien dans ce thème - et l’écologie incitent cependant à favoriser effectivement, pour nos achats, les producteurs locaux via les circuits courts, en privilégiant bien entendu les produits bio. C’est très facile à faire de nos jours entre les marchés fermiers, la vente directe à la ferme ou même, si on habite dans une région fortement urbanisée voire en plein centre d’une grande ville, en faisant ses courses dans les magasins (bio) qui ont noué des partenariats pour offrir dans leurs rayons des produits locaux de saison.

 

Un point de vente d’une AMAP (image Pierre-Alain Dorange via Wikimedia Commons).

 Enfin, exemple parfait d’achat solidaire en circuit court, n’oublions pas les AMAP (pour « association pour le maintien d'une agriculture paysanne » ou « association pour le maintien d'une agriculture de proximité »). Comme l’explique le site www.reseau-amap.org, « Les AMAP sont destinées à favoriser l'agriculture paysanne et biologique qui a du mal à subsister face à l'agro-industrie. Le principe est de créer un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s'engagent à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance (…). Ensemble, ils définissent la diversité et la quantité de denrées à produire pour la saison. Ces denrées peuvent être aussi bien des fruits, des légumes, des œufs, du fromage, de la viande (…). Contrairement à la grande distribution (…), tout ce qui est produit est consommé (alors que dans l'autre cas, ce peut être jusqu'à 60 % de la récolte qui reste au champ) ».