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Complément alimentaire
La spiruline, un excellent complément alimentaire mais pas un « aliment miracle »

La spiruline, un excellent complément alimentaire mais pas un « aliment miracle »

Un aliment utilisé depuis des siècles

La spiruline est une micro-algue, c’est-à-dire une algue composée d’une seule cellule, comme les bactéries. Ces micro-algues font partie des plus anciens organismes vivants de notre planète, étant apparues il y a environ 4 milliards d’années, la Terre ayant elle-même environ 4,5 milliards d’années. Plus précisément, ce que nous appelons spiruline est une micro-algue d'eau douce faisant partie de la famille des cyanobactéries (ou algues bleues), qui serait apparue il y a 3 ou 3,5 milliards d’années. Comme leur nom l’indique, ces cyanobactéries sont en fait un embranchement des bactéries, dont elles se différencient par certaines caractéristiques, entre autres leur activité de photosynthèse (comme les plantes).

Il existe plusieurs milliers d’espèces de micro-algues au sein de cet embranchement, parmi lesquelles le genre Arthrospira dont 36 espèces sont comestibles. En l’occurrence, la spiruline qui nous intéresse ici, ainsi nommée car elle sa cellule forme un semblant de spirale, appartient à l’espèce Arthrospira platensis, mais aussi à Arthrospira maxima. A noter qu’il existe aussi un genre appelé Spirulina, mais qui s'applique à d'autres cyanobactéries, assez éloignées du point de vue biologique et d'ailleurs non alimentaires

La spiruline pousse naturellement dans les eaux chaudes, alcalines, peu profondes et saumâtres des zones tropicales et subtropicales : Arthrospira platensis en Afrique, Asie et Amérique du Sud, Arthrospira maxima en Amérique centrale. Elle se développe en formant un dépôt (appelé « efflorescence ») à la surface des plans d’eau, car elle a besoin de la lumière solaire pour sa croissance.

Les hommes connaissent depuis des siècles son potentiel nutritif. Au 16e siècle, les Aztèques, qui l’appelaient tecuitlatl, en faisaient par exemple des galettes. Les Kanembous du Tchad en font traditionnellement des galettes également, appelées dihé. Toujours au Tchad, la spiruline est par ailleurs consommée sous forme de sauce accompagnant le millet.

Efflorescence d’algues bleues à la surface d’un cours d’eau stagnant. La couleur bleue correspond a priori à des zones d'accumulation de pigments bleus libérés par des algues mortes (photo Lamiot, Wikimedia Commons).

Produite aujourd’hui dans le monde entier

Aujourd’hui la principale espèce utilisée est Arthrospira platensis, 50 % de la production mondiale étant faite en Chine. Elle est également produite aux USA (Californie et Hawaï), en Afrique, en Inde, au Pérou, en Grèce, mais aussi en France, par environ 150 producteurs artisanaux. On la fait pousser dans des grands bassins d’eau chauffée entre 30 et 37°C, agitée en permanence, dans laquelle sont dissous du bicarbonate de soude, du sel marin, du nitrate de potassium, de l'urée et du sulfate de magnésium, pour obtenir les conditions idéales.

La masse de micro-algues qui s’est développée dans ces bassins est recueillie, filtrée, égouttée, formant une purée de spiruline qui est ensuite pressée mécaniquement. On obtient ainsi une pâte très épaisse, « gâteau » compact dont on va faire des filaments par extrusion (avec une machine du genre « poussoir à saucisses ») qui seront enfin séchés puis broyés.

La spiruline est commercialisée sous différentes formes, soit brute (brindilles, paillettes, poudre…), soit en comprimés, gélules ou sur support liquide.

La spiruline brute peut être saupoudrée sur des salades, mélangées à des crudités, à des soupes ou à toutes sortes de plats. On peut aussi la mélanger à des boissons : eau, jus de fruits, smoothies, etc. On peut l’incorporer également à des gâteaux ou à des pâtes, certains fabricants commercialisant ce type de produits prêts à l’emploi, de même que des boissons.

La Chine l’a déclarée aliment d’intérêt national et, malgré l’absence d’étude clinique officielle, les victoires obtenues par les ONG grâce à cette protéine végétale, dans la lutte contre la malnutrition des enfants des pays pauvres, ont convaincu l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de recommander sa production et son utilisation

La spiruline est également utilisée en alimentation animale : bovins, porcins, lapins, volaille, aquaculture… avec nombre de bénéfices avérés en matière de qualité et/ou de croissance et de rendement (en lait par exemple).

Production de spiruline en Normandie (image Oliver H via Wikimedia Commons).

Une composition nutritionnelle très intéressante

La spiruline sèche contient en moyenne 55 à 70 % de protéines (particulièrement bien digestibles), 15 à 25  % de glucides, 4 à 7  % de lipides, 7 à 13 % de minéraux et 2 à 8 % de fibres. Elle contient également de nombreuses vitamines (E, D, B1, B2, B3, B5, B6, B9, K), du bêta-carotène, des minéraux et des oligo-éléments (calcium, phosphore, magnésium, fer, zinc, cuivre, manganèse, potassium, sélénium…).

La spiruline est aussi très riche en chlorophylle et en phycocyanine, qui sont des pigments (à l’origine de sa couleur bleu-vert) qui sont également des nutriments potentiellement intéressants, ainsi que des enzymes, la plus importante étant la superoxyde dismutase (SOD). Les lipides qu’elle contient apportent des acides gras essentiels oméga 6 (acide gamma-linolénique en particulier).

La bonne valeur nutritive de la spiruline est aussi due au fait qu’elle ne subit aucune traitement (chaleur en particulier) qui pourrait détruire les nutriments naturellement présents.

Avec son taux de protéines pouvant atteindre 70 % de son poids sec, la spiruline en contient deux fois plus que le soja et trois fois plus que la viande ou le poisson. Mais il faut noter que les valeurs indiquées ci-dessus sont celles pour 10 g de spiruline, alors qu’une part de viande, de poisson ou de légumes riches en protéines végétales est en général d’au moins 100 g.

Ce n’est pas un « aliment miracle » !

Quelle dose de spiruline consommer ? Le problème est que les recommandations varient largement d’un fabricant à l’autre, allant de 1 à 10 g/jour (les comprimés ou les gélules étant souvent dosés à 500 mg chaque), et que les teneurs effectives en nutriments varient également selon son origine et les procédés de culture, de séchage et de broyage. Et question essentielle : quelle quantité de spiruline apporte des doses de nutriments intéressantes, pour ne pas dire efficaces ?

À propos d’efficacité, à lire certaines publications et/ou allégations, la spiruline serait quasiment une panacée, parée de toutes les vertus, dans tous les domaines du bien-être et de la santé !

 Certes des études faites sur des animaux montrent semble-t-il des propriétés antioxydantes, antidiabétiques, immunostimulantes, hypolipémiantes (réduction du taux de lipides sanguins) et hypocholestérolémiantes (réduction du taux de « mauvais » cholestérol). Mais les études sur l’homme sont peu nombreuses et ont été souvent réalisées sur un petit nombre de personnes, parfois avec un protocole qui suscite des critiques. Nombreux sont ainsi les spécialistes à inviter à la prudence quant à l’efficacité réelle dans ces domaines.

 Il faut également rester très prudent face à d’autres propriétés attribuées à la spiruline, comme la réduction de la rhinite allergique ou du diabète, de certains troubles oculaires, la résistance à l’effort, un effet coupe-faim, l’amélioration de la « qualité du sommeil » (par la « stimulation de la production de mélatonine »), etc. qui n’ont pas été suffisamment démontrées de façon rigoureuse et récurrente.

 Mettre en avant un effet positif dans la perte de poids semble notamment exagéré. Tout au plus pourrait-on avoir un éventuel effet de satiété en raison de sa très forte teneur en protéines, mais il sera des plus limité en consommant même 10 g de spiruline par jour : son apport en protéines (7 g) n’atteint alors même pas les 15 g de protéines apportés en moyenne par un pot de yaourt nature (150 g) !

 Ce qui est certain, c’est la haute qualité nutritive des protéines de la spiruline, qui contiennent tous les acides aminés essentiels, certains cependant en faible quantité. Mais comme dit à l’instant, en comparaison de la consommation d’une portion normale de protéines carnées (viande ou poisson), lactées ou végétales, l’apport de protéines via l’ingestion même de 10 g de spiruline par jour reste marginal. Pour apporter autant de protéines – autre exemple - que deux œufs durs (13 gramme de protéines), il faudrait prendre 20 g de spiruline, soit une quarantaine de comprimés dosés à 500 mg ! Bien loin des préconisations des fabricants. Rappelons que les besoins en protéines d’un adulte, en fonction de l’âge et du sexe, varient de 45 à 75 g de protéines par jour environ.

 Le même type de calcul peut être fait pour d’autres nutriments mis en avant pour la spiruline, par exemple le GLA (acide gamma-linolénique, famille oméga 6). La spiruline en contient en effet 1 à 1,5 g aux 100 g, soit 5 à 7,5 mg pour un comprimé de 500 mg. En comparaison, l’huile de pépins de cassis en contient 18 %, soit 18 g aux 100 et 2,7 g dans une cuiller à soupe (15 g). Pour absorber autant de GLA qu’une simple cuiller à soupe d’huile de pépins de cassis, il faudrait prendre… 360 à 540 comprimés de spiruline dosés à 500 mg !

 Encore une fois, en comparaison d’une alimentation normale, l’apport de nombreux nutriments - protéines en particulier - via la spiruline ne peut être que marginal, c’est-à-dire complémentaire. Le mot est prononcé : complémentaire. La spiruline ne peut pas être considérée comme un aliment conventionnel (elle est d’ailleurs officiellement considérée comme un aliment « non conventionnel », car ne correspondant pas à nos traditions), et n’est en particulier pas capable de remplacer l’alimentation protéinées habituelle. Mais c’est un excellent complément alimentaire, au sens strict du terme.

 C’est pour cela que la spiruline est considérée par beaucoup comme une possible solution pour lutter contre la malnutrition dans certains pays (comme en Inde, au Pérou ou au Togo, entre autres), un bénéfice qui s’ajoute au fait qu’elle peut être produite localement dans ces pays et donner du travail aux habitants.

 

Comprimés de spiruline (Wikimedia Commons).

Quel est le vrai intérêt de la spiruline ?

Dans la pratique, la spiruline ne contient aucun micronutriment qui ne soit pas apporté par l’alimentation courante. Néanmoins, si on se réfère au tableau ci-dessus, avec une prise quotidienne effective de 10 g de spiruline (une vingtaine de comprimés ou gélules dosés à 500 mg quand même), c’est pour le bêta-carotène, le fer, les vitamines B1 et B2, le magnésium voire le manganèse, que cette spiruline est vraiment intéressante. Mais dans ce cas, plutôt que prendre ces 20 comprimés et gélules, il vaut sans doute mieux la consommer sous forme de poudre, ajoutée à d’autres aliments (idéalement sans chauffage ni cuisson par contre, pour préserver la teneur en nutriments).

La spiruline est donc recommandée aux personnes n’ayant pas une alimentation réellement équilibrée, en particulier pour celles ne consommant pas beaucoup de fruits et légumes frais, parce qu’elles n’aiment pas cela ou pour différentes raisons socio-économiques… D’où son intérêt en supplémentation dans certains pays défavorisés, où l’apport protéique (viande, poisson, végétaux protéagineux ou oléagineux riches en protéines) peut de surcroît être insuffisant.

La spiruline est-elle sans danger ?

Il est communément avancé que la spiruline est sans danger. Mais cela n’est pas forcément le cas. Tout d’abord, comme l’a souligné l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) dans un avis daté du 4 août 2017, il faut être entre particulièrement attentif à son origine et donc à sa qualité, entre autres en raison du risque de présence de cyanotoxines, qui peuvent avoir des effets cancérogènes et tératogènes, mais aussi provoquer des graves lésions au niveau du foie ou des paralysies mortelles des muscles respiratoires :

  • « Les données disponibles dans la littérature ne permettent pas d’exclure la potentielle production de certaines cyanotoxines (microcystines hépatotoxiques) par Arthrospira. Une contamination par d’autres cyanobactéries productrices de cyanotoxines est possible en milieu artisanal ou industriel.
  • Les contaminations bactériennes à des teneurs excédant les normes alimentaires usuelles semblent rares pour les produits finis. Néanmoins, une contamination peut se produire lors des manipulations (notamment lors de la récolte, du lavage, du séchage, du stockage ou du conditionnement) ».

L’ANSES signale par ailleurs que la présence de métaux lourds nocifs - également appelés éléments traces métalliques alias ETM (plomb, mercure, arsenic) - à des concentrations dépassant les limites fixées par l’Union européenne a été rapportée dans des échantillons commerciaux de spiruline

« Au regard du risque de contamination notamment par les ETM et les cyanobactéries, le CES [comité d'experts spécialisés de l’ANSES] insiste sur l’importance de la qualité des eaux de production, de la sélection de l’inoculum [souche de micro-algues utilisées pour initier la production] et de la maitrise des différentes étapes de la production ».

Des cas d’allergies à la spiruline ont également été signalés, ainsi que de nausées : il est donc conseillé de ne pas prendre d’emblée la spiruline à la dose maximale, mais de l’augmenter petit à petit. Et surtout, la spiruline contenant - comme tous les aliments riches en protéines - de la phénylalanine (un acide aminé), les personnes souffrant de phénylcétonurie (une maladie génétique rare, touchant environ une personne sur 15 000 en France) doivent éviter d’en consommer.

Globalement pour l’ANSES, « les données cliniques n’ont pas mis en évidence de populations sensibles ou de situations à risque, à l’exception des individus atteints de phénylcétonurie ou présentant un terrain allergique. Le CES souligne l’existence de cas rapportés d’atteintes musculaires ou hépatiques suite à la consommation de spiruline sous forme de complément alimentaire, sans qu’il soit possible de caractériser la relation à la dose et à la durée de consommation ».

L’Agence conclut en soulignant « la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire à de faibles doses (jusqu’à plusieurs grammes par jour) » mais que donc « les produits contenant de la spiruline peuvent être contaminés par des cyanotoxines, par des bactéries ou par des éléments traces métalliques. Dans ce contexte, l’Agence recommande aux consommateurs de privilégier les circuits d’approvisionnement les mieux contrôlés par les pouvoirs publics (conformité à la réglementation française, traçabilité, identification du fabricant) ».

(Image nouchkac via Pixabay)