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Cosmétique : les bases
Les réactions cutanées aux produits cosmétiques

Les réactions cutanées aux produits cosmétiques


Notre salle de bains est pleine de produits susceptibles de provoquer diverses réactions indésirables sur la peau (Photo Pixabay Bru-nO).

« Est-ce que ce produit contient des ingrédients toxiques ? Parce je suis allergique et que je ne veux pas de cosmétiques qui font réagir la peau ». Cette courte phrase, réellement entendue dans la bouche d’une consommatrice inquiète, révèle toute la confusion qui existe dans l’esprit de beaucoup de personnes en matière de réactions indésirables que peuvent provoquer des produits de beauté…

 

Allergie et réactivité, deux choses différentes

« Je ne veux plus de ce produit, je suis allergique » ou « J’ai acheté un produit de cosmétique naturelle, et pourtant j’ai fait une réaction, je ne comprends plus » sont d’autres phrases souvent entendues, qui montrent effectivement que quelques petits rappels sont nécessaires…

Récemment, une jeune femme nous connaissant bien nous a demandé notre avis, nous envoyant un SMS avec la liste INCI d’un produit, car sa meilleure amie avait dû consulter en urgence absolue un médecin après avoir utilisé une eau micellaire : son visage avait gonflé en quelques instants ! De fait, ce produit – certifié bio… - contenait un extrait de blé, qui peut provoquer des allergies graves chez certaines personnes. Tous les autres ingrédients semblaient hors de cause.

Si les allergies sont de plus en plus fréquentes (même avec un produit bio donc…), il ne faut cependant pas condamner systématiquement un produit comme « provoquant une allergie », car il s’agit parfois d’une simple irritation, ce qui n’est pas la même chose.

Une allergie est une sensibilité anormale à une substance précise (allergène) qui, chez une personne non allergique, ne provoque aucune réaction. L'allergène est une substance spécifique, dont la présence dans l’organisme entraîne une série de réactions chimiques dans le système immunitaire, provoquant l’apparition de symptômes soit uniquement au point de contact (rougeur, gonflement, urticaire), soit généralisés (pouvant aller jusqu’à un œdème ou un malaise).

Conditions climatiques, infections, pollution (fumée), peuvent aggraver une allergie. 1 à 2 % des adultes seulement ont des allergies de contact. La tendance à être allergique est héréditaire, mais on n'hérite pas forcément de la même allergie. Celle-ci ne survient pas au premier contact, mais lors d’une deuxième application, même longtemps après et avec une très petite dose

L’irritation, dont les symptômes peuvent ressembler à l’allergie de contact (rougeurs, démangeaisons, eczéma…) n’est pas le résultat d’un mécanisme de défense immunologique, mais est purement chimique. La réaction dépend parfois de la dose, de la durée ou de l’endroit d’application. Elle se manifeste en premier par un gonflement de la couche cornée de la peau, puis par une déshydratation, suivie de rougeur.

 

Les produits allergisants

Les personnes allergiques par contact sont sensibles aux mêmes allergènes par ingestion. Huit aliments (dont on peut retrouver des dérivés dans les produits cosmétiques) sont responsables de 90 % des allergies : crustacés, arachides, noix, lait, soja, poisson, blé, œufs. Il est important de noter que dans le cas des arachides ou des noix, l’huile qui en est tirée n’est normalement pas allergène, sous réserve qu’elle ne contienne pas de traces de protéines, qui sont en général l’allergène, ce qui n’est pas le cas des lipides eux-mêmes.

Parmi les allergisants les plus connus en cosmétique figurent le nickel (allergisant n°1, dans le maquillage), le cobalt, les parfums, les conservateurs (formaldéhyde ou quaternium 15, qui est un « libérateur de formaldéhyde »), la lanoline, le baume du Pérou, de nombreuses substances utilisées dans les teintures pour cheveux, etc.

Des substances parfaitement naturelles peuvent donc être allergisantes, comme certaines résines ou huiles essentielles extraites de plantes. Assez classiques sont les allergies aux citrus (orange).

Tout produit cosmétique contenant en général une substance à des fins de conservation (mais pas forcément affichée comme « conservateur »), ladite substance peut éventuellement être aussi allergisante. Mais une réaction au produit fini ne peut aucunement faire conclure que l’on est précisément allergique à ce conservateur. Seuls des tests faits par un dermatologue permettent de confirmer s’il s’agit d’allergie (ou d’irritation d’ailleurs), et quelle est la substance responsable.

A propos d’allergie, il faut mentionner ici les fameux « composés à déclaration obligatoire », que l’on trouve systématiquement indiqués dans la liste des ingrédients (INCI) depuis juillet 2013, pour répondre aux exigences du règlement cosmétique n°1223/2009 du Parlement européen. Il s’agit de 26 substances qui ont été identifiées par le CSSC (Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs) comme « susceptibles de provoquer des réactions allergiques ». Elles doivent être indiquées si leur dosage atteint un certain seuil, soit 0,001 % pour les produits cosmétiques qui ne se rincent pas (ex. crème pour le corps ou le visage) et 0,01 % pour ceux qui se rincent (ex. shampooing ou gel douche). Parmi elles : Benzyl Alcohol, Cinnamal, Citronellol, Eugenol, Limonene, etc.

Démangeaisons, rougeurs… Les symptômes semblant parfois les mêmes, pour différencier allergie et irritation, il est nécessaire dépasser un peu les apparences (Photo Stocklib asiandelight).
 

Le fait que ces composants figurent dans l’INCI ne signifie pas qu’ils ont été utilisés comme ingrédients : cela veut dire en fait qu’ils sont naturellement présents dans des huiles essentielles qui elles ont été employées dans la formule, qui les contiennent naturellement (participant d’ailleurs à leur action et parfum).

Deux points importants à ce sujet. Le premier est que bien sûr seules les personnes vraiment allergiques à ces composés sont concernées, ce qui ne représente qu’une infime partie de la population. Le second est que ce classement comme allergène ne fait pas l’objet d’un consensus, les tests ayant été faits non pas sur les huiles essentielles naturelles, mais sur les molécules pures. Or, de nombreuses études ont montré que souvent les huiles essentielles pures n’avaient absolument pas le même pouvoir allergène !

 

Les produits irritants… et les ingrédients « toxiques »

De leur côté, les produits irritants sont tous ceux susceptibles de fragiliser la barrière cutanée, son sébum protecteur mais aussi le ciment intercellulaire (constitué de céramides, de stérols, etc.) : savons, solvants, détergents, acides, ainsi également que certaines huiles essentielles et nombre de produits chimiques. Comme dit plus haut, la dose joue un rôle important.

Par exemple, un produit fortement dégraissant (cas d’un dosage élevé d’alcool), voire donc simplement du savon chez une personne à la peau fragile, peut être irritant car il va détruire plus ou moins longuement la barrière hydrolipidique protectrice de la peau. Déséquilibrée, cette dernière va afficher les symptômes d’une peau irritée : démangeaisons, rougeurs, etc.

Quant aux produits toxiques, pour revenir à la phrase citée en introduction plus haut, soyons logique : il n’y a pas bien sûr, dans les cosmétiques, de produit « toxique » au sens strict, c’est-à-dire de poison à court terme. Sachant que là aussi il y une distinction à faire entre toxicité aigüe et toxicité chronique.

La toxicité aigüe résulte d’une exposition de courte durée (sur une période ne dépassant pas 24 heures par exemple) et de l’absorption rapide d’une substance, par dose unique ou multiple, entraînant rapidement des dommages corporels pouvant conduire à la mort selon l’importance de cette dose. Il va de soi qu’aucun produit cosmétique, même à base de dérivés de pétrole rejetés par les cahiers des charges de cosmétique bio, ne contient donc de composé présentant un risque de toxicité aigüe.

La toxicité chronique est quant à elle la conséquence d’une exposition répétée, sur une longue période de temps et à des faibles concentrations, d’un composé potentiellement nocif. Les effets constatés varient en fonction de la dose totale absorbée. On peut parfois définir des « doses seuils » ou des « valeurs limites d’exposition » qui sont les quantités qui évitent l’apparition d’un risque (notamment avec des substances qui ne s’accumulent pas dans le corps). Les effets cancérogènes, mutagènes, tératogènes, etc. de certains composés sont typiquement à classer parmi la toxicité chronique.

Certains problèmes surviennent en raison de ce que l’on appelle « l’effet cocktail », à savoir plusieurs composés qui, par leur présence simultanée dans le corps (en provenance ou non d’une même source d’exposition) peuvent abaisser les seuils d’apparition des problèmes de santé et autres nuisances ou risques. En cosmétique, de nombreux composés, surtout synthétiques et/ou d’origine pétrochimique, sont régulièrement accusés d’avoir une telle toxicité potentielle à long terme. Et de fait, pour beaucoup, les connaissances cliniques s’accumulent pour montrer que cela est effectivement le cas. Le problème est qu’en général la législation avance bien moins vite que les connaissances scientifiques.

Dans certains cas, on parle aussi de toxicité subaigüe. Celle- ci est la conséquence d’une absorption chronique (c’est-à-dire qui se répète) sur une période qui dure un minimum de temps. Elle n’affecte en général que certains organes.


Comment éviter les réactions cutanées ?

La première chose est qu’il faut avant tout éviter de fragiliser la peau, en bannissant l’emploi du savon (visage surtout, utiliser un lait) et de tout produit lavant contenant des PEG (ex. laureth sulfate de sodium / SLS). En cas de réaction cutanée, il faut se poser la question de savoir si on a déjà fait des réactions avant, et surtout pour une allergie généralisée, plutôt que d’incriminer immédiatement le produit cosmétique, vérifier si on n’a pris un médicament ou un aliment inhabituel, ou encore été en contact avec un produit chimique. A titre d’exemple, nous citerons ici une dame qui un jour s’était plainte d’une allergie à une crème visage qu’elle utilisait pourtant sans souci depuis plusieurs années. Une rapide enquête orale a montré qu’en fait elle vivait depuis quelques jours dans un appartement que son fils était en train de repeindre. Ses irritations oculaires et autres provenaient de toute évidence de l’atmosphère sans doute saturée de solvant chimique.

A noter qu’un produit irritant ne provoque en général de réaction négative qu’à l’endroit même où il a été appliqué. Alors qu’en cas d’allergie, la réaction de l’organisme est parfois plus large, pas seulement limitée à la zone d’application. C’est une autre façon de voir si on fait face à une allergie ou à une simple irritation. Pour les personnes sachant qu’elles ont un « terrain allergique », la solution est connue en cas de doute : faire un test préalable avec une petite quantité de produit, par exemple au creux du bras ou derrière l’oreille, car ce sont des endroits particulièrement vascularisés.  

Classiquement, pour vérifier si on est allergique à un produit, il faut faire un test sur une petite zone de peau, le mieux étant le creux du bras ou derrière l’oreille (Photo Pixabay chezbeate).

Allergie et irritation sont des mécanismes complexes et individuels. En choisissant une marque de cosmétique naturelle/bio certifiée, dont les fabricants sont particulièrement attentifs à ces problèmes, on minimisera les risques. Mais cela n’est pas une garantie totale (voir plus haut l’exemple de l’eau micellaire avec un extrait de blé). Dans tous les cas, en cas d’apparition de symptômes sérieux, il faut impérativement consulter un médecin.