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Manger végétalien diminue-t-il les capacités cognitives ?

Manger végétalien diminue-t-il les capacités cognitives ?

(Image via VeganLifts via Pixabay)

 

Manger végétalien diminue-t-il les capacités cognitives ?

 

Le véganisme, même s’il reste globalement marginal, n’est pas nouveau, existant depuis des générations, même si on parlait auparavant plutôt de végétalisme ou de « végétarisme strict ». Notre société étant très médiatisée, avec des « stars », « célébrités » et autres « VIPs » omniprésents dans les médias et réseaux sociaux, le mouvement végan n’hésite pas à mettre en avant les noms de ces personnalités médiatiques devenues véganes depuis plus ou moins longtemps. L’une d’elles a récemment défrayé la chronique en annonçant avoir renoncé à ce régime alimentaire, expliquant ses raisons. Sont-elles fondées ?

 

Des stars vitrines d’un mode de vie et de réflexion

 

Célébrités du cinéma, du sport, de la mode, de la musique et de la chanson, et de bien d’autres domaines encore… Les médias, surtout les médias « people », et bien sûr les associations véganes ne se privent pas de lister toutes les personnalités qui ont fait le choix de s’opposer à l’exploitation des animaux, à des fins alimentaires mais pas seulement. L’Association Végétarienne de France, qui publie sur son site plusieurs listes de célébrités classées par domaine d’activité, précise cependant avec beaucoup d’honnêteté que « Ces listes sont données à titre indicatif et peuvent contenir des erreurs. Chacune de ces personnalités a son propre parcours ; certaines sont végétariennes strictes, d’autres font des écarts, certaines le sont pour des raisons de santé, d’autres pour des raisons religieuses ou pour les animaux. Leur régime alimentaire peut évoluer et ils ne pensent pas forcément à nous prévenir ».

 

La publication de telles listes se veut l’illustration que le « mouvement végan n’est pas marginal », vu qu’il touche aussi des « célébrités ». Mais comment qualifier un choix alimentaire, et de vie, qui concerne au mieux 5 % des personnes sous nos latitudes ? Certains végans soulignent par ailleurs que mettre en avant ces célébrités n’a pas vraiment d’intérêt en soi et n’influe en rien leurs propres convictions. Nous pensons qu’ils ont parfaitement raison, d’une part parce qu’un tel engagement doit passer par une réflexion personnelle, et non être fait parce que telle ou telle « star » a fait de même. Et surtout il existe encore plus de célébrités qui ne sont pas végans, et surtout un nombre incommensurables de personnes, connues ou non, qui méritent le respect, car « bien sous tous rapports », généreuses, désintéressées, engagées dans des causes importantes, honnêtes, respectueuses des autres et autres qualités humaines remarquables… mais qui ne sont pas végans, ni même végétariennes. À l’inverse, on trouvera aussi des personnes à « l’âme noire », misanthropes, violentes, égoïstes à l’égard de leur prochain, etc. qui sont végétariennes ou végans.

 

À notre sens, adopter un régime végétarien, éventuellement strict, ne doit bien procéder que d’une réflexion personnelle. Bien mené, il présente un nombre certains d’arguments que l’on peut comprendre, dont nous parlons dans cet article.

 

Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’Homme est omnivore (donc mangeant de la viande, du poisson, des œufs, des produits laitiers…) depuis « la nuit des temps », et qu’en matière de respect optimal des animaux, il existe certaines solutions, déjà offertes par le mouvement bio, et encore plus par la biodynamie (voir cet autre article). Le végétalisme oui, mais comme choix individuel et non comme règle imposée, surtout par des actions violentes.

 

Une star ex-végétalienne « fait le buzz »

 

Cela étant, passé cette introduction à notre sens nécessaire, il n’en reste pas moins que souvent, la presse généraliste (très grand public) ne parle de véganisme et/ou de végétarisme que pour évoquer ces célébrités qui ont décidé de bannir la viande de leurs habitudes alimentaires. Il est plus rare qu’une « marche arrière » fasse parler d’elle, ce qui a cependant eu lieu au mois de septembre 2020.

 

En l’occurrence, c’est la chanteuse et actrice américaine Miley Cyrus, militante engagée pour les droits des animaux, qui, lors d’une interview dans une émission de TV-radio en ligne (The Joe Rogan Experience), a déclaré : « J'ai été végan pendant très longtemps et j'ai dû remettre du poisson et des [acides gras] omégas [oméga 3] dans ma vie parce que mon cerveau ne fonctionnait pas correctement » (sic). Précisant ensuite que depuis l’abandon de son régime végétalien, ses capacités cognitives s’étaient considérablement améliorées et aiguisées et que, concernant le bien-être animal, elle faisait ce qu’il faut avec les 22 animaux de sa ferme de Nashville, dans le Tennessee, et 22 autres dans sa maison californienne.

 

Pour elle, on ne peut pas être végétalien et avoir en même temps une vie comme la sienne, avec autant de réactivité, ou en tout cas que si certaines personnes le peuvent, ce n’est pas son cas : « Aujourd’hui, j’ai l’esprit bien plus aiguisé qu’avant, et je pense qu’à un moment j’étais dénutrie ».

 

Miley Cyrus lors d’un concert en 2019 (photo Raph_PH via Wikimedia Commons).

 

Végétalisme = déficience cognitive ?

 

Pour le webzine végan américain qui rapporte cette interview, « de nombreuses études ont démenti le mythe selon lequel le régime végétalien nuit à la santé du cerveau ». Il cite notamment une étude sur 960 personnes sur 5 ans réalisée dans le cadre d’un projet baptisé « Memory and Aging ». Celle-ci, après prise en compte de l'alimentation, de l'âge, du sexe, de l'éducation, de la consommation d'alcool, de l'activité et d’exercices cognitifs, les chercheurs de ce projet ont conclu au contraire que la consommation de légumes verts était associée à un déclin cognitif plus lent.

 

Ce déclin cognitif était en effet le plus faible chez les personnes mangeant la plus grande quantité de légumes verts par jour (1,3 portions par jour en comparaison du groupe inverse, consommant 0,1 portion par jour). Selon le Dr Morris, directeur de cette étude, c’est la présence d’acide folique (vitamine B9), vitamine E, lutéine, nitrates et β-carotène dans ces légumes verts qui permettrait un meilleur fonctionnement cognitif et une meilleure santé du cerveau. Des nutriments dont les effets bénéfiques ont été confirmés par ailleurs dans plusieurs études ciblées. La conclusion de l’étude était donc que « la consommation quotidienne de légumes verts peut être un moyen simple et efficace de se protéger contre la perte de mémoire et de préserver d'autres capacités cognitives ».

 

De façon générale, on peut d’ailleurs reconnaître qu’une alimentation saine et équilibrée serait de fait bénéfique pour les capacités cognitives, pas seulement une alimentation exclusivement végétale. Dans notre article « Lien entre bio et bonne santé : c’est scientifiquement prouvé ! » (à lire ici), nous avons ainsi signalé les bienfaits probables de la consommation d’aliments bio en matière de troubles cognitifs (mais également de cancer, d’allergies, de surpoids et d’antibiorésistance). Nous y soulignons entre autres que les pesticides ont des effets néfastes sur le développement cognitif des enfants, ce qui a été démontré entre autres par trois études américaines.

 

Un régime végétalien serait bénéfique pour les capacités cognitives, mais aussi manger bio (image White77 via Pixabay).

 

Attention aux risques de carences

 

Mais si une alimentation végétale peut être riche en bienfaits, il faut cependant veiller à ce qu’elle soit effectivement équilibrée, les risques de carence étant sinon avérés, comme le soulignent de nombreuses études.

 

Parmi les publications récentes en la matière, on peut citer une thèse de doctorat en pharmacie soutenue en novembre 2018 par Marie Bisiau à l’université de Lille 2, intitulée « Véganisme : carences et conseils nutritionnels : le rôle du pharmacien d’officine dans le suivi d’un régime végan ». Se basant sur un important travail bibliographique, cette doctorante rappelle les carences possibles associées au véganisme : protéines, calcium, vitamine D, vitamine B12, fer, zinc, iode et acides aminés à chaîne ramifiée (leucine, isoleucine, valine). Elle souligne cependant qu’en équilibrant correctement l’alimentation, les principales carences finalement rencontrées sont celles en calcium, vitamine D et vitamine B12, les autres carences étant facilement évitables. Elle indique ainsi qu’une supplémentation en vitamine B12 est obligatoire chez les végétaliens, celle en vitamine D étant fortement recommandée pour pallier le manque d’ensoleillement de certaines régions. Elle rappelle aussi que si le client végan est la plupart du temps « très bien informé, on trouve encore des cas de carences très sévères et quelques cas de décès (récemment par exemple, des enfants en bas âge sont décédés en Europe après avoir été nourris exclusivement au lait végétal) ».

 

Parmi d’autres sources allant toutes dans le même sens, citons l’article publié début 2016 dans The Journal of the American Osteopathic Association par des chercheurs de la clinique Mayo (USA), compilant les publications alors les plus récentes a par exemple effectivement relevé que de nombreux végétaliens manquent de vitamines B12 et D, de calcium mais aussi de fer. Ils soulignaient également l’importance d’une supplémentation, sous forme de compléments alimentaires, en vitamine B12. Mais ils confirmaient que pour avoir un apport correct en protéines et en fer, il faut consommer suffisamment de légumineuses (lentilles, haricots rouges, pois chiches, fèves, pois cassés…). Pour les acides gras oméga 3, parfois concernés par une carence potentielle, ils renvoient à une consommation suffisante de noix, de colza ou de soja, et pour le calcium, de chou, d’épinards, de brocoli, de cresson, d’amandes, de pistaches, de graines de sésame, etc.

 

La plupart des publications véganes sérieuses reconnaissent ce risque, trop souvent oublié par des auteurs « militants », comme ceux en guerre contre les « carnivores ». Ces publications rappellent que supplémenter en vitamine B12 est la principale précaution à prendre lorsqu'on est végétalien, précaution encore plus importante chez les femmes enceintes ou allaitantes, en raison d’un risque pour le développement neurologique du bébé. Selon les régions (c’est-à-dire le degré d’ensoleillement du cadre de vie), une supplémentation en vitamine D peut aussi être nécessaire (principalement pour les jeunes enfants et les personnes âgées), mais dans ce cas une dose annuelle est suffisante.

 

Un petit mot sur les acides aminés : si la plupart des protéines végétales contiennent les acides aminés essentiels que notre corps ne peut pas synthétiser lui-même (en n’oubliant pas certains acides aminés non essentiels qui peuvent néanmoins devenir parfois indispensables, comme dans le cas de certaines maladies ou situations de stress particulières), ceux-ci ne sont pas tous présents en même temps dans tous les végétaux. D’où l’importance d’un bon panachage des aliments végétaux pour couvrir les besoins.

 

Vegan burger aux asperges (image Bernadette Wurzinger via Pixabay).

 

Un minimum de connaissances est nécessaire

 

En conclusion, de façon globale, on peut rester en très bonne santé avec un régime exclusivement végétalien, sans carence ni déficience, même cognitive, quoi qu’en ait dit Miley Cyrus. La quasi-totalité des nutriments dont notre corps a besoin existent dans le règne végétal. Mais cela nécessite cependant d’avoir d’une part une alimentation en permanence très variée - fruits, légumes, légumineuses et graines - et d’autre part quelques connaissances simples, qu’il est facile d’assimiler si on s’y intéresse avec sérieux.

 

Ces connaissances doivent surtout porter sur la composition exacte des aliments, une source particulièrement fiable étant la base de données de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), disponible sur le site du projet Ciqual (Centre d'information sur la qualité des aliments) : https://ciqual.anses.fr/

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